Production d'artistes

theAngelcy | Nodyssey le 2ème album sort aujourd’hui !

By 1 février 2019 juillet 1st, 2019 No Comments

En ce début d’année, une grande chance s’offre à nous en ces temps incertains et troublés. Elle est l’oeuvre de l’un des groupes les plus attachants du circuit indépendant, TheAngelcy. Nodyssey se distingue par sa volonté de dialoguer pour créer cette intimité simple et bienveillante.

Depuis leur premier album Exit Inside, les israéliens incarnent à juste titre la générosité d’une musique bohème et inventive, dont la douce modestie rivalise avec bonheur, avec la grandeur de son humanisme rare et fédérateur. Plus que jamais sur Nodyssey, l’âme de TheAngelcy, Rotem Bar Or redonne ses lettres de noblesses à la musique folk, dont les mots et les mélodies ont accompagné tant d’espoirs et de luttes, depuis les premiers concerts de Joan Baez, les premiers 45 tours de Léonard Cohen.

«One, Two» ! L’album s’ouvre sur le très entreprenant «Rising», véritable appel au réveil des consciences et à l’unité. Un titre aussi fin qu’énergique, qui symbolise toute la détermination qui habite aujourd’hui TheAngelcy. Il tend la main à «I Worry», tendre aveu d’humanité où Rotem se livre en toute simplicité avec l’élégance des plus grands. Comme au premier jour, chaque morceau est l’occasion d’une pétillance, d’une envie renouvelée, d’un plaisir de jouer palpable à l’image de la fin enlevée et vivante de «Everyone (And Their Mom)». Entraîné par les intentions foisonnantes de sa bande, le chanteur impressionne par la variété de son registre vocale sur cette troisième plage. Un groove irrésistible se dessine, dépassant le strict cadre de la musique folk, pour lorgner du côté de la soul et du gospel.

Sur le titre suivant, «Breakdown» les cordes de guitare s’inspirent avec délice des vibrations de la clarinette, pour l’un des moments les plus touchants du disque. Et ce qui aurait pu être son sommet manifeste. Mais c’était sans compter le bouleversant «Cetacean Stranding». Le texte et son interprétation sont saisissants de vérité. Ici la mélancolie n’est pas un vain mot. Elle pousse le leader dans ses plus intimes émotions. Une échappatoire s’offre à lui : chercher le réconfort auprès de ses complices, pour un final en forme de rayon de soleil, où l’union du collectif fait une nouvelle fois des merveilles. L’humeur devient subtilement jazzy sur «All Around The Wishing Well», activée par la délicieuse ligne de contrebasse de Gal. Avec une aisance tout à fait déconcertante, les six musiciens alternent retenue feutrée et envolées héroïques, dignes de références indé comme Girls In Hawai et autres Midlake.

A travers «The Revolution», TheAngelcy affirme avec sagesse que la révolution est une bête en colère. Alors si celle-ci doit passer par la musique, elle passera peut-être par ce rythme de guitare chaloupée, certainement inspiré par le fameux style soukous du Zaire. Vous l’aurez compris, l’ambiance est volontairement à la fête et à la danse. Elle se poursuit sur le sautillant «Mona Lisa», dont la spontanéité rivalise avec l’ingéniosité des arrangements. Tout semble facile, coulant de source dans cette composition particulièrement réussie, qui pourrait bien être le tube irrésistible de Nodyssey.

Différent par essence et pourtant très cohérent, «Vera» laisse transparaître de nouveaux possibles, substituant à la pureté acoustique habituelle du groupe, des traitements sonores inédits. Après être monté très haut dans les nuages, «Holyland» nous invite à redescendre tranquillement sur terre, pour révéler ses mots simples et justes, incarné par les paroles faussement naïves et tellement parlantes «I Just need a home…».

Un rien fait parfois beaucoup. Il suffit par exemple du simple frottement d’une corde de guitare, pour sublimer cette proximité de l’instant sur «Nodyssey». En guise de conclusion en apothéose, le morceau déploie tout son potentiel au moment où tous les instruments rentrent en scène et ouvre l’espace à perte de vue, comme pour nous dire au revoir.

Loin des grands discours et de la géopolitique, Nodyssey fascine par son aptitude à sortir des chemins tout tracés, pour ouvrir des sentiers de travers poétiques et lucides, où tout redevient possible, grâce à la puissance de l’écriture et au pouvoir évocateur de ces inoubliables mélodies.

 

Laurent Thore